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Mme Valérie PECRESSE
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
1 rue Descartes
75231 Paris Cedex 05

Perpignan, le 29 octobre 2008

Madame le Ministre,

Du fait de sa prévalence massive et en hausse rapide, la maladie d'Alzheimer justifie pleinement le plan lancé par le Président de la République.

Encore faut-il s'assurer que les recherches sur cette maladie financées par ce plan aient des chances d'aboutir à des progrès significatifs. Cela suppose l'adéquation des objectifs annoncés de ces recherches avec les méthodes mises en œuvre pour les atteindre, ce qui n'est pas toujours le cas, à en juger par une étude relatée par le journal du CNRS de juillet-août 2008. On y apprend de la bouche de François Rieger, directeur de recherche au CNRS et chef du projet Biopark, qu'il sera développé dans ce centre "une infrastructure d'étude d'un lémurien, le microcèbe, qui est un modèle naturel de la maladie d'Alzheimer". Ce projet est scientifiquement infondé, car il est démontré rigoureusement qu'aucune espèce animale -le microcèbe en l'occurrence- n'est un modèle biologique fiable pour une autre, l'homme en ce qui nous concerne.

Il poursuit : "Avec environ 300 à 400 spécimens, nous allons pouvoir étudier différents aspects du développement de cette maladie, en particulier grâce à une étude génomique de fond ou bien grâce à la possibilité de détecter par imagerie nucléaire des traces précoces de lésions cérébrales." Cette étude, qui se chiffre à plusieurs millions d'euros, n'apportera strictement rien pour la maladie humaine. En effet, la maladie d'Alzheimer fait partie des maladies dites conformationnelles, conséquence, dans certaines cellules du malade, de la production et de l'accumulation de protéines d'architectures anormales conduisant à la mort de ces cellules ou au blocage de leur capacité à communiquer.

La maladie d'Alzheimer résulte du dysfonctionnement de cellules humaines, qui n'a rien à voir avec celui de cellules du microcèbe ou même du chimpanzé. C'est donc au niveau des cellules humaines qu'il faut explorer la genèse de cette maladie, observer son évolution et comprendre comment la cellule concernée peut vivre normalement pendant des décennies avant de développer la pathologie. Seule l'étude du matériel biologique humain est à même de fournir les données pertinentes pour la prévention de la maladie, son diagnostic précoce, les thérapies pour en arrêter l'évolution à défaut de guérison.

Exerçant la tutelle sur le CNRS, vous veillez à ce que les moyens mis à disposition de cet EPST soient employés à bon escient. Les sommes englouties dans le projet Biopark seront simplement gaspillées, car ce projet avortera inexorablement, comme les dizaines de milliers d'autres études de "modèles" variés et multiples qui l'ont précédé depuis la description de la maladie il y a 100 ans, sans apporter le moindre remède ou soulagement aux malades. Ces sommes manqueront aux recherches biomédicales sérieuses voulues par le plan Alzheimer.

Je vous prie d'agréer, Madame le Ministre, l'expression de ma haute considération.

Claude REISS
Président d'Antidote Europe
Ex Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS)