Vivisection : l’Europe dit Stop !

La collecte de signatures pour l’initiative citoyenne européenne Stop Vivisection se termine sur une immense et inespérée victoire. Plus d’un million de citoyens européens ont voté contre l’expérimentation animale et pour l’utilisation de méthodes modernes et fiables pour l’homme. Une mobilisation sans précédent ! Elle restera l’un des acquis majeurs de cette cause, quoi qu’il advienne de cette initiative qui va maintenant se mesurer à la puissance des lobbies et aux lourdeurs de la règlementation.

Article paru dans La Notice d’Antidote n°37

Cette aventure a commencé précisément le 29 mars 2012, date de notre assemblée générale annuelle, au domicile de Claude et Françoise Reiss, président et trésorière d’Antidote Europe. Angela Tandura, responsable de notre antenne francilienne, et Muriel Bougeard, membre de cette antenne, ont proposé d’utiliser le tout nouveau dispositif des initiatives citoyennes européennes au profit de la lutte contre l’expérimentation animale. Il s’agissait de réunir un million de signatures dans toute l’Europe, avec un minimum imposé dans au moins sept pays, en seulement une année !

Ca paraissait impossible. Pourtant, Angela, Muriel et André Ménache y ont cru d’emblée. Le projet avait déjà mûri en Italie grâce à Fabrizia Pratesi, coordinatrice d’Equivita, association dont le but est identique au nôtre et avec laquelle nous travaillons régulièrement. Son président, Gianni Tamino, est professeur de biologie et ancien membre du Parlement européen. On peut dire que tout a démarré ainsi, grâce à la bonne entente entre Antidote et Equivita.

Très vite, d’autres partenaires sont arrivés. Le projet a pris de l’ampleur et s’est cristallisé sous la forme de l’initiative citoyenne européenne « Stop Vivisection ». Vous avez pu lire plusieurs articles sur cette action capitale dans les précédents numéros de La Notice d’Antidote. Mais nous ne vous avions pas tout dit. La collecte enfin terminée, nous pouvons vous avouer qu’il a fallu une énorme ténacité et beaucoup d’efforts pour surmonter tous les obstacles. La victoire n’en a que plus de valeur !

Soulever des montagnes

Ceux d’entre vous qui ont suivi la progression de la collecte de signatures en France savent à quel point les débuts ont été difficiles. Les contacts n’aboutissaient pas. Par exemple : « parce que ça ne peut pas réussir ! » Sans commentaires… Ou encore : « parce que votre demande est trop extrémiste ! » Extrémiste ? Voilà un mot inconnu des scientifiques que nous sommes. Ou bien une méthode de recherche ou de test est pertinente, c’est-à-dire qu’elle permet de répondre à la question posée concernant la santé humaine, ou bien la méthode n’est pas pertinente. Dans le premier cas, on peut l’utiliser, dans le second, on ne doit pas. L’expérimentation animale relève du second cas. Il ne faut donc pas en faire « un peu moins » (Réduire), « un peu moins mal » (Raffiner), « un peu autrement » (Remplacer). Il faut ne pas en faire du tout. Les 3R, c’est toujours de la mauvaise science. L’abolition de l’utilisation des animaux considérés, à tort, comme des modèles biologiques de l’homme n’est pas de l’extrémisme mais de la rigueur scientifique. Heureusement, au fur et à mesure que la collecte « réussissait », l’enthousiasme a été contagieux et plus de 200 associations dans toute l’Europe ont apporté leur soutien à Stop Vivisection. Mais ce n’est l’action d’aucune en particulier, c’est l’action de toutes, c’est l’action du peuple européen qui a saisi cette opportunité d’exprimer avec force son opposition à l’expérimentation animale.

Un autre obstacle majeur est venu du système de collecte de signatures en ligne. Le logiciel, fourni par la Commission européenne, n’a été certifié que fin décembre 2012. C’est pourquoi, alors que l’initiative a été enregistrée le 22 juin 2012, la collecte de signatures sur internet n’a pu commencer qu’en janvier 2013. Une autre initiative, celle pour que l’eau soit considérée comme un bien public et non comme une marchandise, a eu quinze mois pour collecter des signatures (et en a reçu 1,5 million par internet), alors que Stop Vivisection n’a eu que dix mois. Par deux fois, les organisateurs ont écrit à la Commission européenne (mars et septembre 2013) qui a refusé de prolonger le délai de collecte. Une injustice flagrante que nous avons dénoncée auprès du Médiateur européen le 29 octobre 2013. Il ne nous restait alors que 4 jours et, bien que le million de signatures fut déjà atteint, la collecte battait son plein et nous voulions dépasser le million de signatures afin de compenser celles que les autorités ne manqueront pas de refuser. Stop Vivisection recevait, fin octobre, en moyenne 15 000 signatures par jour ! Le Médiateur nous envoyait, le 5 novembre… un simple accusé de réception.

C’est parti !

Nous n’allons pas nous attarder sur des difficultés mineures comme la nécessité d’ouvrir un compte bancaire, une page facebook, d’expliquer pourquoi il fallait donner un numéro de carte d’identité, etc. Tout cela nous a appris à travailler ensemble, a renforcé la cohésion entre militants, initiateurs et comité organisateur.

En quelques mois, deux pays ont montré l’exemple. L’Italie, d’abord, qui a réussi le formidable exploit de collecter 570 400 signatures à elle seule ! Et la Slovénie, deuxième pays à atteindre son minimum et qui a finalement collecté plus de trois fois et demie ce minimum imposé. Dans toute l’Europe, vingt mille personnes se sont enregistrées pour collecter des signatures sur papier. Deux personnes doivent être chaleureusement remerciées : l’eurodéputée Sonia Alfano et Adriano Varrica. Stop Vivisection n’aurait pu avoir lieu sans eux.

En France, l’équipe s’est soudée autour d’Angela et de Muriel. La collecte doit beaucoup à, par ordre alphabétique pour ne vexer personne et parce que tous ont joué un rôle important : Benoît, Jessica, Joëlle, Luce, Marie-Claude, Marie-Noëlle, Séverine et deux mille militants qui, pour l’immense majorité, ne sont pas membres d’Antidote.

Le concert : point d’orgue !

Au cours de l’été 2013, tout s’est accéléré. Les 20 000 tracts que nous avions fait imprimer ont été épuisés. Nous avons dû demander aux militants s’ils pouvaient en imprimer eux-mêmes et distribuer des photocopies. Des demandes nous parvenaient de toutes les régions de France et de Belgique. Des personnes qui n’ont pas internet voulaient participer aussi ; nous leur avons envoyé le formulaire papier. Muriel passait des heures à répondre aux questions sur stopvivisectionfrance@gmail.com. Luce relayait sans cesse la campagne dans Charlie Hebdo. Le compteur décollait !

Début octobre, le suspens était grand. Beaucoup de signatures arrivaient chaque jour. Mais le million serait-il atteint ? Le 6 octobre, Allain Bougrain-Dubourg interviewait André Ménache sur France Inter. Plusieurs personnes nous ont fait part de leur souhait de signer dans les jours qui ont suivi l’émission (et de difficultés à se connecter au site). Et le 13, Michèle Scharapan interprétait au piano, avec Thomas Gauthier et Johanne Mathaly, deux œuvres de Schubert au profit de Stop Vivisection. Après quelques craintes en raison de relativement peu de réservations, le public a afflué sans prévenir. Le concert a été un grand moment de joie et de succès. Merci, bien sûr, aux musiciens, et aussi à Joëlle pour l’organisation, à Angela et à Luce qui ont présenté les enjeux de Stop Vivisection et à Christophe Marie qui est venu réaffirmer le soutien de la Fondation Brigitte Bardot. De nombreux spectateurs ont signé pendant l’entracte et après le concert. Les fonds recueillis grâce à la vente des entrées ont permis de rembourser Antidote d’une grande partie des frais engagés pour la campagne Stop Vivisection.

La dernière ligne droite

Dans les deux dernières semaines d’octobre, le suspens a été son comble. Sept pays (et même neuf !) avaient bien atteint leur minimum de signatures imposé par le règlement sur les initiatives citoyennes européennes. Mais le million de signatures n’a été atteint que le 24 octobre. Un jour supplémentaire de collecte ayant été accordé, nous avions jusqu’au 1er novembre inclus. Ce fut la ruée ! Le serveur était saturé et de très nombreuses personnes nous disaient que le site « ne fonctionne pas ». C’est ce qui a décidé Gianni Tamino à écrire au Médiateur européen. Silence radio. Nous nous demanderons toujours s’il a été dû aux lenteurs administratives ou délibéré.

Malgré toutes les difficultés, nous avons vécu ces derniers jours de collecte dans l’euphorie. Petite déception, quand même, de voir le Royaume Uni, l’un des pays européens qui utilise le plus d’animaux, ne pas atteindre 50% de son minimum imposé. Trop « extrémiste », Stop Vivisection ? On en reste aux 3R, au Royaume Uni ? Dommage…

Mais surtout joie immense de voir de combien bondissait le compteur global et certains compteurs nationaux chaque jour. Au total, non pas sept pays, non pas dix comme nous l’aurions parié mi-octobre, mais… douze pays ont atteint leur minimum ! Citons-les, avec leur pourcentage atteint : Allemagne (214%), Belgique (178%), Bulgarie (115%), Espagne (135%), Estonie (137%), Finlande (130%), France (129%), Hongrie (149%), Italie (champion toutes catégories !), Pologne (117%), Slovénie (362%), Slovaquie (137%). Que l’Allemagne et la France soient parmi ces douze pays est important car elles forment, avec le Royaume Uni, le trio de tête des grands utilisateurs d’animaux à des fins dites scientifiques en Europe.

Cette grande victoire a été possible grâce aux moyens de communication mis en œuvre dans chaque pays. Comme l’ont montré plusieurs sondages, dont un réalisé par la Commission européenne, la population est majoritairement opposée à l’expérimentation animale. Qu’est-ce qui a fait que cette population s’est exprimée avec beaucoup plus de force dans certains pays ? Il ne fait pas de doute que c’est l’organisation et la mobilisation des réseaux. Ceux que l’on appelle « réseaux sociaux » (Facebook et Twitter) mais aussi les réseaux associatifs et les réseaux personnels de militants. La Pologne, par exemple, en était à 72% de son minimum imposé le 29 octobre et à 84% le lendemain ! Il y a donc des pays où les réseaux ont fonctionné à plein régime et où la boule de neige s’est emballée et les pays où, pour des raisons que nous ignorons, l’information n’est pas parvenue aux citoyens. Il est particulièrement regrettable, dans ces conditions, de ne pas avoir eu ces deux mois supplémentaires qui nous auraient permis de mener la collecte pendant une année effective. En effet, cette collecte s’est arrêtée au moment même où des millions d’Européens prenaient connaissance de l’initiative et voulaient y participer. Plus de 100 000 signatures ont été collectées en seulement six jours !

Il est clair que si les autorités objectent que nous avons à peine collecté le nombre de signatures nécessaires ou que nous n’avons pas atteint ce nombre, il faudra leur répondre que le million en question aurait sans doute été plusieurs fois atteint si le système de collecte en ligne avait fonctionné correctement pendant douze mois.

Et maintenant ?

Il faut se préparer au bras de fer. A l’heure de boucler cette Notice, le compteur affiche 1 126 005 signatures. Il devrait augmenter encore lorsque toutes les signatures reçues sur papier auront été comptabilisées. Le chiffre définitif est attendu vers la fin décembre. Ensuite, il faut s’attendre à ce que les autorités rejettent un certain nombre de signatures après vérification. Par exemple, parce que certaines personnes auront signé à la fois sur internet et sur papier, ou bien parce que la signature sera jugée non conforme (illisible, sur deux lignes du formulaire…). Toute la question est de savoir si le chiffre finalement admis par les autorités atteindra un million. Nous devrions le savoir courant mars 2014.

Si Stop Vivisection a effectivement recueilli un million de signatures, la Commission européenne fixera une date pour une audition publique au Parlement européen. André Ménache et Gianni Tamino, respectivement représentant et suppléant de cette initiative citoyenne, seront entendus. En vue de cette audition, nous travaillons avec des juristes car c’est à nous de proposer un texte de loi par lequel nous voulons voir remplacer la directive 2010/63/UE « relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques ». La Commission européenne aura ensuite trois mois pour préparer une réponse écrite et publique dans laquelle elle détaillera l’action législative qu’elle proposera pour répondre à la demande de plus d’un million de citoyens européens.

Le site www.stopvivisection.eu reste actif. N’hésitez pas à y consulter les communiqués qui y seront régulièrement publiés et le nombre de signatures collectées dans chaque pays.

Témoignage d’une scientifique

La campagne Stop Vivisection nous a permis de rencontrer beaucoup de personnes. Voici un très intéressant témoignage :
« Lorsque, scientifique française maintenant retraitée, je préparais une thèse d’Etat sur la maladie d’Alzheimer, vue la faible quantité de cerveaux humains disponibles, j’ai fait des mesures sur des cerveaux de rats, puis ma technique de travail étant au point, je suis passée aux mêmes mesures d’oligo-éléments sur des cerveaux humains. Quelle n’a pas été ma surprise de voir que la composition des deux types de cerveaux différaient tellement que mes résultats sur les rats n’avaient rien de transposables à l’homme ! Tout mon travail était à refaire complètement en direct. Ces animaux ont été sacrifiés pour rien de même que de nombreux autres qui supposaient d’office une similitude entre les deux races.
A cette époque j’ai travaillé à la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry et j’ai par hasard remarqué qu’un professeur - âgé et routinier - faisait faire en travaux pratiques (TP) à ses élèves systématiquement des dissections de grenouilles sans rapport avec le programme simplement parce qu’il était habitué à ce TP ancien. Autres animaux sacrifiés pour rien. »

Merci beaucoup, Noëlle ! Nous continuerons à nous exprimer, de plus en plus nombreux, pour dénoncer cette grave erreur, lourde de conséquences pour notre santé, que constitue l’utilisation d’animaux pour la recherche biomédicale humaine.