Nouvelle lettre à Marisol Touraine

Madame Marisol TOURAINE
Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et du Droit des Femmes
14, avenue Duquesne, 75350 Paris 07 SP

 

Paris, le 9 juin 2016

Madame la Ministre de la Santé,

Concernant les essais cliniques funestes de Rennes, nous vous avons fait parvenir le 23 janvier 2016 une lettre dans laquelle nous mettons en cause les tests précliniques recourant à un quelconque « modèle » animal. Notre lettre démontre que le recours à ces « modèles » permet, à volonté, de prouver n’importe quoi, ou son exact contraire !  Exposer les vies de 90 volontaires sur la foi de tels tests précliniques est simplement criminel. Nous avons aussi attiré votre attention sur des tests précliniques basés sur du matériel biologique d’origine humaine, car le seul modèle biologique  de l’homme, c’est l’homme.

Votre Chef de Cabinet, M Grégory Guillaume, nous a répondu que notre lettre avait été transmise à la Direction de la Santé, qui est restée muette jusqu’ici –et sans doute pour longtemps encore.

Les informations sur ces essais parues dans les médias, minimales et vagues à souhait, semblent révéler un embarras certain, notamment de l’IGAS, que nous attribuons à des négligences dans le dossier du fabricant, à la conception du protocole des essais (confiée à ANSM, CSST, CPP)  et à l’exécution des tests par BIOTRIAL.

Comme le soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe, la mort du volontaire de Rennes  symbolise les  centaines de milliers de victimes d’effets secondaires de médicaments en France –en moyenne cent par jour selon nos estimations. Mais vous allez sans doute nous donner enfin le chiffre  exact, puisque vous êtes destinataire des données de pharmacovigilance. Là aussi, un peu plus de rigueur scientifique dans les essais cliniques devrait grandement réduire le nombre de ces morts inutiles. Dans notre lettre de janvier, nous recommandions des tests cliniques de phase  zéro systématiques, sur du matériel biologique d’origine humaine, ainsi que le recours à la pharmaco –génomique pour réserver la prescription d’un médicament à des patients d’âge, de sexe, d’ethnicité ou de particularités physiologiques, biochimiques ou génétiques, compatibles.

Votre Ministère a pour mission de veiller à la santé publique en général, pas uniquement la médecine. Outre le record européen du nombre de décès par effets secondaires de médicaments, la France détient aussi le record européen du nombre de décès prématurés (avant 65 ans) : 100.000 par an, soit un décès sur 5 (20%). Ce constat n’est pas surprenant. Selon les données publiées par l’InVS, la HAS, l’OPEPS, des documents  établis par des CHU et des associations de malades, la prévalence globale de quelques pathologies graves (Alzheimer, Diabète 2, cancers du sein, de la prostate, les TED, a doublé en France entre 2000 et 2009, les incidences pour certaines de ces maladies ont été multipliées par 3, voire par 50 (TED) ! Ces données vous sont certainement connues, sinon nous tenons à votre disposition les graphiques de ces évolutions année par année. Dans l’hypothèse où le niveau de prévention reste ce qu’il est, c’est-à-dire nul, les extrapolations sur les décennies à venir, sont catastrophiques : quand les enfants nés depuis 2000 seront dans la force de l’âge, un sur 4 serait Alzheimer, un sur 3 diabétique, tous les hommes seraient concernés par le cancer de la prostate, une femme sur trois par le cancer mammaire, une naissance sur 3 serait affectée du syndrome d’Asperger, l’infertilité masculine serait une réalité dès 2027…

En cause : l’absence de prévention. La France a bien adopté le plan REACH de l’UE, qui oblige de tester les substances chimiques de synthèse… sur des rongeurs. Sauf que nous ne sommes pas des rats de 70 kg et que ce modèle est manipulable à souhait, il suffit de choisir dans le catalogue des milliers de lignées de rongeurs celle qui donnera le résultat souhaité… par l’industriel !

Il est de votre responsabilité d’imposer des mesures pour qu’à l’avenir, un drame comme celui de Rennes ne se reproduise pas. Que l’hécatombe dûe aux effets secondaires de médicaments cesse ou devienne marginale. Qu’une prévention scientifique efficace mette les citoyens à l’abri de substances auxquelles ils sont exposés à leur insu, responsables des troubles graves au moyen ou long terme.

Il vous appartient, au nom des pouvoirs attachés à votre fonction, de mettre sans délai un terme à l’obscurantisme et  l’amateurisme ambiant qui règne dans le domaine de la santé publique.  A défaut, votre responsabilité personnelle serait engagée, notamment pour exception d’inconstitutionnalité, puisque l’article 11 du préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 « garantit à tous le protection de la santé ».

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Pour Antidote Europe, le président,

Claude Reiss