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Le Nobel de médecine en retard de 20 ans !

Le Prix Nobel de physiologie/médecine 2007 a été donné pour des travaux faits il y a 20 ans et qui ont conduit la recherche de thérapies pour l'homme dans une impasse. La technique primée consiste à éliminer (knock out, en abrégé "KO") un gène particulier d'une souris, ou remplacer ce gène par un gène semblable d'une autre espèce (homme en général). Objectif : observer la souris KO, et par rapport à la souris normale, essayer de comprendre la fonction du gène éliminé ou du gène remplacé.

C'est bon sur le papier, sauf que... Pour bon nombre de gènes, le KO est létal pour l'embryon ou conduit à une mort précoce, ce qui rend l'expérience (toujours très laborieuse, donc onéreuse) inutile. Pour d'autres gènes, le KO ne donne pas d'effet observable. Dans tous les cas, le résultat est valable pour la souris, l'extrapolation à l'homme est hasardeuse. Ceci n'est pas surprenant : introduire un gène humain dans un océan de dizaines de milliers de gènes de souris ne va pas humaniser ce rongeur, et en plus le gène humain va être exprimé dans l'organisme de la souris, qui a ses propres caractéristiques de contrôle des gènes. Par exemple, dans 60% de tumeurs solides humaines, le gène suppresseur de tumeur p53 est défectueux ; pourtant le KO du p53 de souris a peu d'effets sur la santé de ce petit animal. Résultat de décennies de recherche basée essentiellement sur des souris rendues cancéreuses : chez l'homme, l'espérance de vie moyenne après diagnostic d'une tumeur n'a augmenté que de quelques mois, d'après Nature Reviews Drug Discovery de septembre 2006. Qui en reste KO ?

Il est surprenant que ce Nobel soit donné pour les souris KO, cette technique ne correspondant pas à une percée majeure. De nos jours, on identifie la fonction des gènes par une méthode bien plus élégante, rapide et efficace (les RNAi, prix Nobel de l'année dernière), qui ne se limite pas aux souris, alors que la technique du KO, elle, ne marche pas ou très mal chez le rat ou d'autres mammifères, allez savoir pourquoi…

Pourtant, alors que le nombre total d'animaux utilisés dans les laboratoires européens avait fortement diminué depuis le pic des années 1970, on constate une hausse, depuis le début des années 2000. Au Royaume Uni, comme le soulignent les autorités elles-mêmes, c'est l'utilisation croissante d'animaux transgéniques qui expliquerait cette hausse. En 2004, dans ce pays, 32% des procédures portaient sur des animaux transgéniques, contre 27% en 2003 et 8% en 1995.

Plutôt que de tenter de créer de nouveaux "modèles animaux", alors que ce concept même est de plus en plus décrié par de nombreux chercheurs, il serait temps d'utiliser les méthodes modernes et fiables, à partir de cellules humaines en culture, de l'étude de tissus humains et d'observations cliniques et épidémiologiques, par exemple. Ce n'est que quand l'étude porte sur l'espère humaine qu'elle fournit des résultats pertinents pour trouver des remèdes à nos maladies ou, plus important encore, pour les prévenir !