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Communiqué de presse - 12 février 2007

Toxicologie obsolète et santé humaine en péril

Antidote Europe interpelle la Commission européenne au sujet des tests exigés dans le cadre de REACH. Elaboré dans le but de protéger la santé humaine et l'environnement, le règlement REACH a été adopté en décembre dernier. Or, plutôt que de tirer parti des méthodes modernes pour mettre en évidence la toxicité des substances chimiques, des tests continueront à se faire, comme au Moyen Age, sur des animaux, et à fournir des résultats aussi aléatoires qu'un jeu de pile ou face... à moins que ces résultats ne soient orientés pour innocenter des substances pourtant dangereuses !

Antidote Europe vient d'écrire à la Commission européenne, dont les directives déterminent par quelles méthodes les substances chimiques doivent être testées, pour lui rappeler l'existence de méthodes scientifiques, telle la toxicogénomique. Cette méthode est déjà utilisée aux Etats-Unis depuis des années. Plus récemment, le Centre commun de recherche, sous l'égide de la Commission européenne, s'est doté d'un département de toxicogénomique. Alors qu'elle fournit des résultats valables pour l'homme, qu'elle est bien plus rapide et moins chère que les tests actuellement requis, pourquoi son utilisation est-elle retardée ? Pourquoi la Commission européenne continue-t-elle à exiger des tests sur des animaux, pourtant qualifiés de "mauvaise science" par l'un de ses propres responsables scientifiques ?

Le bon exemple viendra peut-être de la Belgique. En effet, le 29 novembre dernier, la commission des Affaires sociales du Sénat belge approuvait une proposition de résolution visant à la création d'un Centre de toxicogénomique. Si un tel centre voyait le jour, les 100.000 substances chimiques potentiellement présentes dans notre environnement pourraient être testées en seulement deux ans.

Ci-dessous, la lettre envoyée par Antidote Europe à Monsieur José Manuel Barroso, le jeudi 8 février dernier.

Antidote Europe est une association à but non lucratif, créée par des chercheurs, pour la plupart issus du CNRS, oeuvrant pour une meilleure prévention en matière de santé humaine.

Monsieur le Président,

Nous sommes toujours dans l'attente de votre réponse à une lettre du premier trimestre 2006 dans laquelle nous vous demandions, conformément à la directive 86/609/CEE, de remplacer les tests de toxicologie faits sur des animaux par des évaluations scientifiques des risques toxiques chez l'homme qui ont fait leurs preuves, comme la toxicogénomique. Nous vous rappelons que cette lettre a été signée par 140 associations représentant plus de 1.200.000 citoyens de 12 pays, oeuvrant dans différents domaines (santé, environnement, défense animale, etc.). Après plusieurs demandes de rendez-vous auprès de votre cabinet, une délégation de ces associations (incluant plusieurs scientifiques) a pu remettre cette lettre le 10 juillet dernier, à un membre du cabinet du commissaire à l'Environnement. Cette personne nous a informés que la lettre a été transmise à votre cabinet le 3 août dernier. Au cours de l'entretien, elle nous avait affirmé que nous recevrions une réponse écrite. Nous sommes désagréablement surpris par le silence opposé par la Commission européenne, que vous présidez, à une requête de plus d'un million de citoyens, concernant la préoccupation première de chacun : la sauvegarde de sa santé.

Nous sommes d'autant plus étonnés de ce silence, que le règlement REACH, enfin adopté le 18 décembre dernier, stipule : "La Commission, les Etats membres, le secteur et les autres acteurs devraient continuer à contribuer à la promotion de méthodes d'essai de remplacement aux niveaux international et national, y compris les méthodes assistées par ordinateur, les méthodes in vitro, par exemple, le cas échéant, celles reposant sur la toxicogénomique et d'autres méthodes pertinentes." Alors que les preuves abondent de la pertinence de cette méthode, en termes de coût, de rapidité et surtout de validité des résultats pour l'homme, notamment pour l'identification de substances cancérigènes, neurotoxiques et reprotoxiques (les Etats-Unis ont créé un Institut national de toxicogénomique en 2003), la Commission européenne a lancé, fin 2006 et pour 5 ans, un programme de recherche "carcinogénomique", alors même que cette discipline est d'application courante et son stade de recherche est dépassé depuis des années. Non seulement la Commission gaspille ainsi 10,6 millions d'euros du contribuable, mais va-t-elle, en plus, attendre la fin de l'étude pour décider de mettre en oeuvre dans REACH des méthodes de toxicologie pertinentes ?

Si, comme l'indique REACH, "la stratégie de la Communauté visant à promouvoir des méthodes d'essais de remplacement constitue une priorité et la Commission devrait veiller (...) à ce que ce statut soit maintenu", il vous appartient de prouver que ce ne sont pas là de simples paroles. Les possibilités techniques actuelles permettent de remplacer les archaïques essais sur des animaux par des méthodes véritablement scientifiques, fiables et, de surcroît, plus rapides et moins chères.

Plus d'un million d'Européens décèdent chaque année de cancer, d'autres sont atteints de maladies neurologiques, de stérilité, etc. De plus en plus d'études montrent le rôle des substances chimiques de synthèse dans ces pathologies et décès. Retarder l'évaluation toxicologique des 100.000 substances existantes fait chaque jour de nouvelles victimes.

Restant à votre disposition pour une entrevue en vos bureaux, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, nos salutations distinguées.

PJ : copie de la lettre déposée le 10 juillet 2006 à la Commission européenne