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Il est temps d’accepter que le vent tourne

Une réglementation obsolète et des responsables peu formés aux méthodes modernes sont le principal obstacle à la mise en oeuvre de tests fiables pour l’homme, sans recours à l’expérimentation animale. Les connaissances scientifiques et la technologie existent déjà. Pour nous aider à les promouvoir, faites passer l’information autour de vous.

Par André Ménache

Expérimentation animale : le vent tourneNous vivons à l’ère des traitements médicaux basés sur des preuves (de l’expression anglaise « evidence-based »). Que signifie « traitement médical basé sur des preuves » ? Considérons la déclaration suivante : « Au début des années 1980, chaque hôpital avait sa propre méthode pour traiter une personne victime d’une attaque cardiaque. Ces méthodes étaient majoritairement basées sur l’opinion et la culture locale. L’adoption de plus en plus généralisée de traitements et systèmes basés sur des preuves en médecine clinique supprime la part de conjectures dans le traitement de l’infarctus du myocarde et la remplace par des méthodes dont l’efficacité a été démontrée. » (1)

Selon les normes actuelles, les expériences sur des animaux ne remplissent pas l’exigence d’être basées sur des preuves (2). Cette affirmation est démontrée de façon éclatante et beaucoup d’arguments viennent de l’industrie pharmaceutique (3). Nous devrions tous savoir, à présent, que les tests faits sur des animaux pour prédire la réponse humaine à des médicaments ou à des maladies sont aussi fiables que de jouer à pile ou face. Utiliser les résultats de tels tests ne relève pas de la médecine basée sur des preuves, cela relève de la conjecture.

Le problème ne vient pas d’un manque de technologie pour remplacer les tests sur des animaux. La technologie existe déjà et elle est améliorée de jour en jour. Le vrai problème consiste à communiquer cette bonne nouvelle au grand public, aux médias et aux responsables politiques, la plupart desquels acceptent le mantra colporté par le lobby de l’expérimentation animale, qui présente cette pratique comme un « mal nécessaire ». Lorsque le grand public connaîtra la vérité scientifique, il rejettera les tests sur des animaux, les jugeant pour la cruelle tromperie qu’ils sont en réalité. Le défi est de communiquer un message scientifique complexe à un public peu formé en la matière.

Une autre approche est d’informer les scientifiques, en particulier ceux qui travaillent dans la recherche et les tests. Beaucoup, dans la jeune génération, sont familiers des concepts de la science moderne, tels la biologie du développement évolutionnaire : « Cela peut paraître surprenant mais les ingrédients génétiques qui vous forment sont étonnamment similaires à ceux qui forment une mouche. Alors, pourquoi une mouche adulte et un humain adulte paraissent-ils si différents ? La réponse est à chercher dans le comment, où et pour combien de temps ces ingrédients « s’allument » durant le développement embryonnaire. La complexité de ces premières étapes de la vie est révélée grâce à la nouvelle discipline « evo-devo », abréviation pour « biologie du développement évolutionnaire » (4).

Ici, nous nous heurtons à un nouvel obstacle : le « personnel en charge ». Ces responsables sont, le plus souvent, des personnes âgées qui auraient dû rentrer à la maison depuis longtemps mais qui demeurent à des postes où ils ont le pouvoir de décider si on doit utiliser des animaux ou des méthodes sans animaux pour tester des médicaments et autres substances chimiques. Ces individus appartiennent à l’ancienne génération de scientifiques. Ils ne maîtrisent pas les notions de la science moderne. Beaucoup sont bloqués dans la science du XIXème siècle et ne peuvent pas, ou ne veulent pas, abandonner le « modèle animal ». Si la société ne réagit pas et attend simplement que ces responsables de la réglementation prennent leur retraite et soient remplacés par des scientifiques plus jeunes, les tests sur des animaux seront probablement abandonnés d’ici 20 à 25 ans.

Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. Parce que les substances chimiques approuvées suite à des tests effectués sur des animaux sont en train de détruire notre santé et de compromettre la santé (et même peut-être la venue au monde) des générations futures. Et nous ne devrions pas attendre, car la science moderne est du côté de ceux qui démontrent que les tests sur des animaux ne marchent pas. Nous devons par conséquent faire tout ce qui est légitimement en notre pouvoir pour introduire aux postes de responsabilité la jeune génération de scientifiques et, avec elle, les méthodes de test basées sur des preuves, qui utilisent du matériel humain et non du matériel animal, pour produire des données pertinentes pour l’homme. Il est temps pour les chercheurs qui utilisent des animaux d’accepter que le vent tourne.

(1) http://www.health.harvard.edu/newsletters/Harvard_Heart_Letter/2011/July/surviving-a-heart-attack-a-success-story

(2) Revues systématiques des « modèles animaux » http://www.medsci.org/v10p0206.htm

(3) Les « modèles animaux » sont-ils prédictifs pour l’homme ? http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19146696

(4) http://www.pbs.org/wgbh/nova/evolution/what-evo-devo.html



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