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Eau du robinet : vous avez dit « potable » ?

Elle fait l’objet d’une surveillance constante mais, pour autant, sommes-nous bien informés de ce que contient l’eau du robinet ? Entre données absentes des publications officielles et effets toxiques de substances chimiques mal évalués, nous nageons dans le flou et il serait grand temps d’exiger des autorités plus de sérieux dans le contrôle d’un élément aussi vital que l’eau que nous buvons chaque jour.

Le Collectif de l’eau de Villefranche-sur-Saône m’a invité à  donner une conférence dans cette ville le 21 octobre dernier (voir notre rubrique Antidote Europe y était ou y sera !). J’ai donc approfondi ma documentation sur le sujet qui inquiétait ce Collectif, à  savoir la qualité de l’eau du robinet dans cette ville. Et j’ai trouvé, en effet, quelques raisons de s’alarmer… La Direction départementale de l’action sanitaire et sociale (DDASS) effectue plusieurs fois par an des contrôles sanitaires sur divers point du réseau de distribution de l’eau potable et sur des échantillons prélevés au robinet. Ces contrôles sont souvent effectués aussi “en doublon” par les municipalités ou les communautés de communes. Toutes les données recueillies font l’objet d’affichages obligatoires en mairie, où le public peut les consulter. Cette transparence apparente souffre cependant de quelques zones d’ombre, des “omissions”. Ainsi, l’examen de l’affichage des données dans une agglomération moyenne au nord de Lyon, et la confrontation de ces résultats avec ceux d’un Collectif concerné par la qualité de l’eau potable, montre quelques divergences. Par exemple : – plus de la moitié des pesticides de la liste du Collectif ne figurent pas sur la liste officielle ; – sur les 29 pesticides de la liste officielle, on a les données pour un seul. Pour les 28 autres, la liste se contente d’indiquer que leurs concentrations sont inférieures à  un certain seuil. Or ce seuil est mille fois plus élevé que la précision de l’appareillage de mesure utilisé. Pour une personne qui consulterait cette liste sans méfiance, l’eau du robinet est propre à  un unique pesticide près. On peut donc continuer à  la boire sans crainte…

Que contient réellement l’eau du robinet ? Mais la réalité est hélas différente. D’une part, la liste officielle est muette sur d’autres pesticides (il y en a au total plus de 800 autorisés: contre les insectes, les vers, les champignons, les “mauvaises” herbes, les araignées, etc.), dont ceux trouvés par le Collectif qui compte parmi ses membres au moins un hydrogéologue qualifié. Omission volontaire ou négligence ? En tous cas, si vous consultez en Mairie le contrôle sanitaire de l’eau de votre robinet, sachez que la liste des pesticides affichée ne mentionne pas nécessairement tous les pesticides effectivement présents dans votre eau. La liste officielle oublie en outre de signaler les pesticides présents mais non autorisés (le seul pour lequel une donnée a été indiquée est interdit depuis 2004 !). D’ailleurs, plus de la moitié de ceux mentionnés sur la liste officielle mais inférieurs à  un certain seuil sont également non autorisés. Enfin, cette liste ne mentionne ni la fonction chimique des pesticides (organo-phosphorés, carbamates, triazines, dérivées de l’urée…) ni l’activité toxique associée (pour les fonctions ci-dessus, respectivement neurotoxique, affectant la chaîne respiratoire, inhibiteur de la photosynthèse…). Il s’avère que 90% des pesticides présents dans l’eau potable (listes officielle et du collectif) sont des herbicides. Ils se trouvent déjà  dans l’eau des deux cours d’eau passant par l’agglomération concernée, ainsi que dans la nappe phréatique dans laquelle l’eau du robinet est pompée (l’une des stations de pompage est à  quelques pas de l’un de ces cours d’eau, des installations chimiques industrielles sont proches d’autres captages). Même si vous n‘êtes pas un chimiste averti ou un spécialiste des “phytosanitaires”, ces données pourraient vous aider à  savoir à  quoi vous êtes exposé et, avec l’aide d’internet, à  vous rendre compte des risques pour votre santé. Le site d’Antidote Europe, par exemple, publie les évaluations par toxicogénomique des risques de santé associés à  un certain nombre de pesticides.

Des effets toxiques mal évalués. Venons-en au flou des résultats des pesticides dont les concentrations sont inférieures à  certaines “seuils” administratifs de dangerosité. Cette notion de seuil est l’objet de trois critiques graves :

1. Les seuils observés sur des animaux sont-ils fiables pour l’homme ?
2. Y a-t-il des effets toxiques d’une substance pour l’homme en-dessous de ce seuil ?
3. Quels sont les effets toxiques pour l’homme de mélanges de substances, dont certaines seraient en-dessous d’un “seuil” administratif de toxicité ?

On ne sait pas précisément d’où sortent ces “seuils”… Probablement d’estimations d’“experts” faites il y a des décennies à  partir d‘études de toxicité sur des “modèles animaux”, type “dose létale 50” (DL50), et gravées depuis dans le marbre “administratif”… pour y demeurer jusqu‘à  la fin des temps si personne ne les remet en question !

Nos lecteurs savent ce qu’il faut penser et de cette DL50 et plus généralement des résultats obtenus sur ces prétendus “modèles”, purement illusoires, inutiles et trompeurs. Nous ne jetons pas la pierre à  ces experts, ils s‘étaient peut-être prononcés au mieux des connaissances fournies par les méthodes de l‘époque. Mais ces dernières reposent depuis deux bonnes décennies dans les “réserves” poussiéreuses des musées, et les “seuils” calculés d’après ces méthodes devraient s’y trouver avec elles. Ces seuils de létalité indiquent simplement la concentration maximale que peut supporter un animal (rongeurs en général) avant de mourir. Déduire du seuil létal pour un rongeur celui valable pour l’homme est une pure supercherie, car, comme l’a fait récemment remarquer un professeur de toxicologie, “nous ne sommes pas des rats de 70kg !” [1]

D’autre part, ces données de toxicité aiguà« (effet immédiat) ne révèlent rien sur les effets sur l’animal d’une substance à  des doses plus faibles. Or ce sont précisément les effets des doses faibles qui nous intéressent, car ils peuvent se manifester chez l’homme au moyen et long terme par des pathologies graves, souvent responsables de mort prématurée. Ils sont bien entendu totalement hors de portée du test sur l’animal. Même l‘étude cytotoxique de cellules humaines, qui détermine simplement la concentration d’une substance tuant ces cellules (dose
létale), ne révèle rien sur les effets éventuellement toxiques de cette substance à  des concentrations moindres. La toxicogénomique [2] par contre est, elle, parfaitement à  même de montrer que, même à  faible concentration largement inférieure à  la dose létale, une substance force éventuellement la cellule à  s’engager dans des voies pathologiques clairement identifiées. Ces doses peuvent être infinitésimales, une caractéristique des substances mimant les effets d’hormones, ce qui est le cas de beaucoup de pesticides. Le consommateur a le droit de savoir à  quels risques toxiques il est exposé

Vous pouvez agir…

“¡ Exigez donc de votre municipalité la liste complète des pesticides détectés dans l’eau du robinet, ainsi que les données au mieux des performances des appareils de mesure, nonobstant les “seuils” administratifs (voir plus bas). Vous pouvez par exemple signaler au responsable “santé” de la municipalité qu’aujourd’hui, des méthodes classiques de mesure (spectrométrie de masse couplée à  la chromatographie en phase gazeuse ou à  l‘électrophorèse capillaire, par exemple) permettent de détecter et d’identifier un pesticide à  l‘échelle du millième de milliardième de gramme par litre (picogramme/L).

“¡ Exigez aussi que les fonctions chimiques de ces pesticides soient communiquées, ainsi que leurs activités toxicologiques pour leurs cibles “pesticides”.

“¡ Insistez pour que les impacts de ces pesticides sur la santé humaine soient recherchés.

“¡ Exigez qu’une fois pour toutes, les autorités en charge de la santé publique évaluent par des méthodes scientifiques, fiables pour l’homme comme la toxicogénomique sur cellules humaines en culture, les effets sur notre santé des 842 pesticides autorisés ou interdits mais persistant dans notre environnement, et qu’elles mettent ces informations à  la disposition de tous, dans la clarté et sans langue de bois.

..en attendant mieux encore !

Enfin, il faut affronter le problème des effets toxiques de mélanges de substances chimiques présents dans notre organisme. Des études très médiatisées il y a quelques années, faites par le WWF, par exemple, ont montré que nous avons tous des dizaines de substances chimiques de synthèse dans notre corps et dans nos cellules. Ces substances peuvent-elles se neutraliser ou au contraire devenir plus agressives au contact les unes des autres ? Il est nécessaire de le déterminer. Prenons, par exemple, un mélange de 10 substances. Il faudrait étudier ces substances par combinaisons de 2 par 2, puis 3 par 3, etc. jusqu‘à  10, soit un bon millier de combinaisons au total. C’est bien entendu tout à  fait hors de portée du test sur animaux, mais c’est faisable par toxicogénomique. Et c’est tout l’objet de notre projet “Test cancer”. Nous allons très prochainement vous rendre compte de la façon de procéder et des résultats concrets que nous avons obtenus, dans le cadre de notre collaboration avec un laboratoire du Royaume Uni.

REFERENCES

(1) Dà©claration du Professeur Thomas Hartung, ancien directeur du Centre europà©en pour la validation des mà©thodes alternatives (ECVAM) dans l’hebdomadaire scientifique Nature du 9 juillet 2009. Il ajoute : « œNous absorbons les substances diffà©remment, nous les mà©tabolisons diffà©remment [...] et nous sommes exposà©s à  une multitude de facteurs environnementaux. [...] Comparer la dose d’une substance qui est là©tale pour 50% des rats soumis au test (DL50) et la concentration là©tale de la même substance dans le sang d’êtres humains a montrà© une corrà©lation plutôt faible. » Les donnà©es humaines utilisà©es pour cette à©tude avaient à©tà© obtenues auprès de centres anti-poison. (2) La toxicogà©nomique est une mà©thode qui permet de dà©terminer comment nos gènes rà©agissent en prà©sence d’une substance chimique. Elle consiste à  exposer des cellules humaines en culture à  la substance à  tester, puis à  mesurer l’expression des gènes grâce à  des puces à  ADN. Toutes ces opà©rations sont parfaitement maîtrisà©es dans plusieurs laboratoires dans le monde et ne posent aucun souci à©thique. Pour rà©pondre à  une question qui est nous est frà©quemment posà©e, nous prà©cisons que les cellules utilisà©es ne sont pas issues d’embryons humains.


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